Territoire intense

Il est possible de densifier en ayant un habitat plus bas que des tours. Mais je suis contre l’idée de densité et je préfère parler d’intensité urbaine. Ce qui fait plaisir en ville, c’est une certaine intensité de commerces, de services, de parcs, de transports en commun … La densité n’est pas synonyme de qualité urbaine.

Thierry Paquot, Vers un urbanisme sensoriel

La densité est une réponse pour produire de l’intensité urbaine, mais elle n’est pas le seul critère. L’intensité urbaine est le résultat d’une alchimie plus complexe faite d’une succession d’ambiances qu’il convient d’articuler pour donner aux habitants ce sentiment de vivre un territoire « vivant », « rythmé » et « cohérent ».

Les marais de Brière, par exemple, ne sont pas sans intensité. La qualité de ces paysages procure des émotions fortes, source de plaisirs intenses. La ville centre comme les villages de l’agglomération ont besoin à la fois de lieux intenses mais aussi de lieux plus calmes. A chacune de ces polarités correspond une ambiance, un rythme et un usage différent, qui ensemble, composent l’identité d’un territoire pluriel et contrasté.

En 2030, cette intensité devra aussi s’exprimer à toutes les échelles : dans les quartiers, les villages, l’agglomération, mais aussi à l’échelle de la métropole Nantes – Saint-Nazaire. Toutes ces échelles doivent s’imbriquer harmonieusement pour donner un tempo au territoire.

De même, les intensités à l’image des ambiances sont éphémères et variables. Elles dépendent des saisons, des heures de la journée, des flux touristiques ... Pour s’ajuster à ces variations, le territoire deviendra réversible et modulable nous prédisent les contributeurs. Les espaces devront aussi être pensés de manière multiple. À chaque quartier, à chaque village devra correspondre des ambiances distinctes et complémentaires.

Ce territoire, les habitants l’imaginent toujours aussi contrasté en 2030 afin de pouvoir le vivre selon leurs humeurs, leurs envies, leurs désirs. Un territoire intense est aussi le lieu d’échanges aux deux sens du terme. L’intensification urbaine implique donc une intensification des déplacements sans écarter les modes doux qui permettent d’entretenir un rapport plus contemplatif au territoire. Cette alternance des rythmes entre hyper mobilité et alter mobilité cadence les flux, donne du rythme au territoire. « Prendre le temps », c’est aussi favoriser la rencontre et l’écoute, deux valeurs indispensables pour apprendre à « vivre ensemble ».

Au final, Saint-Nazaire Agglomération dispose de nombreux atouts pour devenir territoire de ressources et de ressourcement. Ce territoire intense et durable auquel aspirent les habitants ne sera pas seulement l’oeuvre d’élus politiques et de professionnels (architectes, urbanistes, industriels...), il sera aussi le résultat d’une démarche participative mobilisant toute la créativité de la société civile.

Les variateurs d’intensité : l’exemple du végétal

La nature en ville a été un sujet fréquemment débattu lors de nos rencontres. La végétation implantée en milieu urbain participerait à créer un « bon climat », une « bonne ambiance ». Les arbres ne sont pas appréciés uniquement pour leur qualité esthétique, ils agissent aussi comme coupe vent, modifient les sonorités urbaines, et participent à la régulation des températures.

Le végétal agit donc comme un régulateur d’ambiance et un modulateur acoustique. La végétation participe aussi à l’esthétique du paysage bâti, introduit des changements de textures, des formes et des couleurs, invite le regard à se prolonger pour ouvrir de nouvelles perspectives urbaines.

Cette végétation apporte aussi de la surprise, de l’inattendu. L’architecture nazairienne étant un jeu de rectilignes verticales et horizontales, la végétation apporte naturellement du contraste à travers l’apparente anarchie de ses branchages, la dispersion irrégulière des touches de couleurs, la colonisation parfois hasardeuse d’herbes folles sur les trottoirs. Cette nature « délicieusement sauvage », pour reprendre les termes d’un habitant, participe à la qualité de vie, donne du rythme à la ville en se jouant des quatre saisons.

En définitive, l’utilisation de la végétation permet de modifier le climat urbain et d’en améliorer les conditions de confort. En cela, la végétation est un variateur d’intensité urbaine pour construire des espaces publics de qualité en 2030.

Luc Schuiten - Vegetal City